mercredi 22 août 2007

Yayi et les députés FCBE veulent étouffer la démocratie béninoise!

Les nouvelles ne sont pas bonnes. La cité bruit d'informations inquiétantes. Et il y a lieu de craindre que les bruits qui courent aujourd'hui ne s'imposent brutalement à nous comme les tristes réalités de demain. Qui a donc vraiment intérêt à mettre hors jeu trois catégories d'acteurs majeurs dont le rôle et la place nous paraissent non négociables dans une démocratie en construction comme la nôtre ?


Des prochaines élections municipales et communales, on formerait le dessein d'exclure les candidats indépendants. Les partis politiques voudraient aller à l'assaut de la gouvernance locale, en faire leur chasse gardée et s'imposer comme le passage obligé pour toutes initiatives touchant à la démocratie à la base, c'est-à-dire à la vie démocratique dans nos villes, dans nos arrondissements et dans nos quartiers.

Des prochaines élections municipales et communales, on se préparerait à réduire drastiquement la participation des femmes aux responsabilités locales, notamment dans nos zones rurales. Dès lors que c'est le  niveau BEPC qu'on voudrait exiger de tout candidat se présentant aux suffrages des populations, ce sont les femmes des zones rurales de notre pays qui seraient pénalisées au premier chef. Dans cette perspective, de beaucoup de femmes qui voudraient bien être appelées au service de leur localité, il y en aurait peu pour répondre à l'appel.

De l'organisation de toutes les élections sur le territoire de la République,  quelles qu'elles soient - présidentielle, législatives, communales et municipales - on s'apprêterait à expulser la société civile, à en biffer la représentation au niveau de la Commission électorale nationale autonome (CENA). Cette importante structure délestée de la présence de l'avant-garde organisée des populations qu'est la société civile, tournerait alors au rythme que voudraient bien lui imposer les politiciens de tout poil, achevant de la politiser au grand dam de la démocratie et des démocrates de notre pays.

Voilà les nouvelles. Voilà ce qui se chuchote dans les  coulisses. C'est grave et cela nous paraît gros de tous les dangers. C'est préoccupant et cela nous paraît gros de toutes les menaces. S'il se confirmait que la fumée qui plane actuellement au-dessus de nos têtes est le signe avant coureur d'un feu qui couverait sous les cendres, autant se préparer, dès aujourd'hui même, à faire face à un incendie dont on ne saurait encore prévoir ni l'ampleur ni les conséquences.

Les candidats indépendants, les femmes, les membres de la société civile, voilà les trois groupes de pestiférés qu'on tenterait de faire déguerpir de la scène nationale, habilement  poussés vers la sortie du jeu démocratique, subrepticement éloignés des centres névralgiques et décisionnels où se façonne l'avenir de la nation. Oui, qu'on ne s'y trompe pas : il y a anguille sous roche.

Les candidats indépendants, ce sont toutes ces bonnes volontés qui, sans se reconnaître nécessairement dans un parti politique, ne ressentent pas moins l'impérieuse nécessité d'affirmer leur engagement citoyen, en se mettant  au service de leur localité, au service de leurs quartiers. Tant il est vrai qu'on ne peut prétendre aimer le Bénin et montrer un sens civique et patriotique sans égal et à toute épreuve, si l'on n'a pas donné des gages, au nom de la proximité, qu'on tient à la qualité de son cadre de vie, à la qualité de son environnement immédiat.

En cherchant, au niveau local, à délier les citoyens indépendants de toutes responsabilités, ce sont des millions de jeunes que l'on se préparerait à priver d'un terrain d'entraînement, d'échauffement, de préparation avant qu'ils n'entendent les appels du large pour de plus larges et futures responsabilités. Ce sont également des personnes du troisième âge, encore dans la force de s'investir dans leur localité et d'y investir leur expérience, qu'on marginalise, arbitrairement emmurés dans les cachots de l'inessentiel et l'inutilité, prématurément arrachés à la communauté des vivants.

Il y a ensuite les femmes. Elles n'ont pas encore fini de s'assurer une représentation honorable dans différentes instances nationales et voilà qu'on voudrait les effacer des responsabilités à la base. Elles se battent depuis si longtemps pour plus de liberté, pour plus d'égalité, pour plus de dignité dans une société malheureusement façonnée par les hommes et pour les hommes. C'est en plein vol qu'on voudrait les foudroyer, briser leur élan, réduire à néant leurs efforts, anéantir leurs espérances.

Enfin, la société civile, le pendant sans lequel tout se politiserait inévitablement. Entendons-nous bien, la société civile n'est pas apolitique. Et pour qu'il n'y ait aucun doute là-dessus, disons que la société civile est fondamentalement politique, en ce qu'elle se consacre et se dévoue à la cause de la construction nationale. Mais son engagement social est non partisan. Ce qui veut dire en clair que contrairement aux partis politiques,  la société civile ne nourrit point l'ambition de conquérir le pouvoir d'Etat ou de le conserver. Et c'est justement parce que la société civile, quand elle ne triche ni ne ruse avec son idéal, sait toujours se tenir à une distance respectable des intrigues, des combinaisons et autres calculs autour du pouvoir qu'elle a sa place dans une structure comme la CENA chargée d'organiser des élections propres, dans une démocratie apaisée. Une toute autre opinion sur le sujet aura le goût amer d'un gros et vilain mensonge que les Malgaches comparent au sable : doux quand on s'y couche, mais dur quand on se lève.

Jérôme Carlos
La chronique du jour du 22 août 2007


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