lundi 6 août 2007

Méthode et rigueur: les deux maillons faibles du système Yayi

La méthode suppose un ensemble de moyens raisonnés, de démarches
ordonnées, cohérentes et rationnelles que l'on choisit de suivre pour
arriver à un but déterminé. L'organisation renvoie au mode opératoire
des diverses démarches impliquées, du point de vue de leur mise en
œuvre stratégique, en relation avec des tâches de direction,
d'orientation, de gestion, de coordination.

Alors question : le Bénin du changement, près de dix-huit mois après
l'avènement de Boni Yayi à la tête du pays, donne –t-il le sentiment
d'avancer avec méthode et organisation ou a-t-il encore beaucoup à
faire sur ces deux plans avant qu'il ne soit assuré d'avoir pris de
bonnes marques ? Ne répondons pas à la question de manière abstraite,
théorique ou désincarnée. Faisons-le plutôt de manière vivante et
illustrée, à partir de quelques exemples précis qui structurent notre
quotidien et gouvernent notre actualité.

Le Bénin du délestage. L'énergie est un facteur de production de tout
premier ordre. Aucun pays ne peut s'autoriser de tricher ou de montrer
laxisme, manque du sens de l'anticipation dans sa politique
énergétique sans se pénaliser lourdement, sans payer, tôt ou tard, une
lourde facture à l'incurie.

Entre le délestage de 1998 et celui que nous connaissons aujourd'hui,
il s'est écoulé près de dix ans. Dans cet intervalle, qu'avions-nous
eu à faire pour nous prémunir contre tout délestage ? Qu'avions-nous
eu à engager comme démarche programmée et planifiée pour juguler le
mal et pour nous mettre durablement à l'abri des affres d'un délestage
sauvage qui frappe, comme c'est le cas aujourd'hui, indistinctement le
premier magistrat du pays et le citoyen le plus modeste du plus humble
des hameaux du pays ?

Le Bénin de la gratuité de l'enseignement maternel et de
l'enseignement primaire. Comment avions-nous pu prendre une mesure
aussi importante, aussi révolutionnaire, aussi pleine de sens et de
signification pour l'avenir de l'école dans notre pays, mais seulement
après qu'on eut procédé, partout sur le territoire national, à la
rentrée dans toutes nos écoles et institutions scolaires directement
concernées ?

Ce décalage et la pagaille monstre qu'il a engendrée, nous faisant
frôler une vraie catastrophe, le blocage de l'institution scolaire,
n'est que, avouons-le, l'expression d'un manque de méthode et
d'organisation dans nos démarches et approches. Il aurait suffi d'y
penser, mais surtout de s'en donner la culture. Comme quoi, il n'y a
pas de quoi crier miracle.

Le Bénin de l'essence frelatée dite « kpayo ». Bonne intention que de
souhaiter nous débarrasser de ce produit et de son commerce dans des
délais raisonnables. Un pays qui ambitionne, d'une part, d'être un
Etat de droit, un pays qui affirme, d'autre part, sa volonté d'ancrer
la culture de la bonne gouvernance dans ses pratiques quotidiennes, ce
pays-là ne peut ni se construire ni établir son développement sur la
fraude et à partir d'un produit universellement reconnu dangereux. Le
dossier de l'essence « Kpayo », par manque de méthode et
d'organisation, végète quelque part et les quelques initiatives prises
autour ont désormais du plomb dans l'aile.

Le Bénin de la gratuité des soins de santé pour les enfants de 0 à 5
ans. Bonne et belle décision, mais qui tarde à se concrétiser. Si nous
n'avions pas fini de prendre toutes les dispositions pour la rendre
immédiatement applicable, son financement, par exemple, pourquoi
l'avoir alors annoncée ? Un peu de méthode et d'organisation nous
aurait certainement éveillé à la sagesse de ce proverbe burundais : «
On ne conte pas de fable à des enfants endormis ». Oui, c'est tard,
trop tard !

Jérôme Carlos

De la chronique du jour du 31 juillet 2007


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