mercredi 13 juin 2007

L'école malade de ses enseignants

BÉNIN - 11 juin 2007 - PANAPRESS (Jeune Afrique.com)
Seize ans après les états généraux qui ont fixé les grandes orientations du système éducatif, l'école béninoise reste encore confrontée, de l'avis de plusieurs observateurs, à des difficultés dont le plus crucial est le manque d'enseignants qualifiés.

Du diagnostic du système éducatif béninois établi par les ministères en charge du domaine, il ressort que l'école béninoise est plus malade de ses enseignants peu nombreux, mal formés et soumis à une rémunération ne leur permettant pas de s'adonner à une application correcte des programmes d'études.

Selon des enquêtes récentes, le système éducatif béninois traverse une crise marquée par une utilisation massive d'enseignants non qualifiés à tous les niveaux, liée à l'expansion du système, au gel de recrutement dans la Fonction publique et à la suspension pendant plusieurs années de la formation initiale des enseignants de niveaux pré-universitaires.

Trois types d'enseignants cohabitent actuellement dans l'enseignement primaire public, les agents permanents de l'Etat, les contractuels et les communautaires.

Selon des statistiques de 2005, le Bénin compte 23.270 dont 10.144 agents permanents de l'Etat, 5.267 contractuels et 7.859 communautaires (qui ne présentent pas toujours le profil requis), mais recrutés par les collectivités locales pour combler les postes vacants au primaire.

Même au niveau de l'Enseignement supérieur, seulement 16,3% des enseignants sont des professeurs titulaires et maîtres de conférence.

Le ratio élève/maître s'est considérablement détérioré entre 1992 et 2005, passant de 39,8 à 50, indique l'état des lieux du système présenté lors du récent Forum national sur l'éducation.

Avec la suspension pendant plusieurs années de la formation initiale des enseignants, la dernière principale formation en cours d'emploi s'est déroulée dans le cadre de la généralisation de la réforme des programmes d'enseignement.

Cette formation organisée pendant les vacances s'est heurtée à un certain nombre de problèmes et est généralement jugée insuffisante pour assurer une bonne application des nouveaux programmes de l'enseignement.

Pour les responsables du ministère des Enseignements primaire et secondaire, cette formation résidentielle devra être remplacée par une formation de proximité moins onéreuse.

Des différents ordres d'enseignement, le secondaire a beaucoup plus souffert d'une détérioration des conditions d'enseignement, particulièrement en ce qui concerne le facteur humain, indiquent les responsables de cet ordre.

Dans l'enseignement secondaire public, les enseignants non formés, recrutés par les parents d'élèves et appelés ici vacataires sont devenus la grande majorité du corps enseignant.

En 2004-2005, ils représentaient près de 80% des effectifs totaux alors que les enseignants qualifiés permanents (APE) qui représentaient encore 66% en 1997 n'étaient plus que 14%.

Le nombre de vacataires s'est considérablement accru depuis l'allocation d'une subvention du gouvernement aux parents d'élèves pour faire face à ce volet, fait-on remarquer.

Au plan de la répartition du personnel enseignant dans les établissements, les spécialistes font ressortir un fort degré d'incohérence. Des écoles scolarisant 200 élèves se retrouvent entre 2 et 7 enseignants, tandis que celles dont les effectifs varient de 100 à 400 disposent de 4 enseignants.

Les disparités en matière d'allocation d'enseignants s'observent non seulement entre départements mais également entre les écoles au sein d'un même département.

Certains départements du Nord-est et du Sud-ouest sont les moins nantis, alors que Cotonou et environs sont très favorisés.

Outre l'effectif et le manque de formation, les mauvais traitements salariaux poussent ces enseignants à délaisser les classes pendant plusieurs mois dans l'année, pour se consacrer à leurs revendications pour lesquelles les négociations traînent souvent.

Pour arrondir les angles, les enseignants du public béninois se retrouvent pour la plupart également dans le secteur privé (avec une rémunération meilleure) ou des cours de répétitions à domicile.

Régulièrement envoyé au Collège d'enseignement général (CEG) de Vêdoko, Abibou Assouma, professeur de Maths s'est arrangé pour avoir 12h de cours dans 3 autres établissements privés.

Avec au total 40h, au lieu de 18 légalement recommandé, il avoue que les heures assurées dans le privé lui procurent plus du double de ce que lui paie l'Etat à la fin du mois.

Plus entreprenant, son collègue Alfred Sagbo, enseigne outre le français pour lequel il est recruté au CEG Sainte Rita, l'espagnol et l'anglais dans plusieurs autres établissements privés qui acceptent même de programmer des cours les samedis.

"Je me surmène pour pouvoir gagner gros et épargner maintenant afin de m'assurer une retraite paisible", confie-t-il, indiquant que la pension à la retraite ne permet pas à l'enseignant béninois de vivre longtemps.

Cette course au gain ne permet pas à l'enseignant de donner le meilleur de lui-même, déplore un inspecteur de l'enseignement secondaire à la retraite.

Bien que très peu satisfaisant, le Taux brut de scolarisation (TBS), montre que des progrès ont été réalisés par le Bénin à tous les niveaux du système éducatif au cours des deux dernières décennies.

Pour le primaire, le Taux brut de scolarisation, qui était d'environ 68% en 1980, est passé à 71% en 1992, à 77% en 1999 et à 94% en 2005. Dans le secondaire, ce taux qui se situait à environ 12% en 92 a atteint le chiffre de 19% en 99 et à 41% en 2005.

Sur 100 enfants qui entrent à l'école en classe de CI, seulement 54 accèdent à la classe de CM2 et moins de 10 arrivent en classe de terminale.



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1 commentaire:

Anonyme a dit…

J'espère que la raison va l'emporter sur les passions politiciennes.
C'est très grave , la situation des jeunes diplômés et des écoles au Bénin